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Robert Portoghese, Enseignant machiniste agricole, à propos de sa mission au Bénin

" Nous avons accepté venir porter mains fortes à condition que l’Etat béninois s’engage "

Créer la filière ‘’Mécanique agricole’’ dans certains Lycées publics du Bénin et par la même occasion, former des enseignants aptes et à même de dispenser des cours dans ces lycées.

Ce sont-là les réelles motivations de cette mission académique et professionnelle entreprise en direction du Bénin par les experts français Robert Portoghese, professeur de Lycée professionnel en machinisme agricole, Patrick Tétaud, directeur délégué aux formations professionnelles et techniques au Lycée Porte du Lot. Koffivi Nouwogou qui participe également à cette mission est le coordonnateur national de CUMA Bénin, l’institution par laquelle est né ce nouveau partenariat entre le Bénin et les experts français. A travers cet entretien exclusif, Robert Portoghese, l’un des experts et technicien expose au journal spécialisé Educ’Action, le bien fondé et les retombées de la mission de sa délégation au Bénin.

Educ’Action : Que pouvons-nous comprendre par CUMA ?

Robert Portoghese : On entend par CUMA, Coopérative d’Utilisation de Matériels Agricoles qui permet à des agriculteurs de mettre en commun leurs moyens pour accéder à des matériels agricoles de valeurs relativement importants auxquels ils ne peuvent pas prétendre tout seul. L’objectif du CUMA est de leur proposer d’une part, la possibilité d’acheter le matériel et d’autre part, de profiter des structures de gestion d’organisation de la CUMA qui ne sont pas des actions relativement simples. Donc, l’association CUMA met à leur disposition toute cette infrastructure qui leur permet d’accéder aussi bien au financement qu’à la gestion de l’organisation.

Vous êtes en mission au Bénin depuis quelques jours, qu’est-ce qui justifie votre arrivée au pays ?

C’est une action qui remonte à quelques années déjà où à force de venir soutenir des actions de remontage de mécanique pure au sein des CUMA pour aider à remettre en état des tracteurs, on s’est aperçu qu’il manquait le volet formation. On ne trouvait pas de jeunes qui sont formés à juste titre en mécanique agricole. Souvent, ce sont des gens qui quittent des formations comme mécanique automobile, mais il leur manque tous les paramètres, toutes les compétences vraiment utiles pour réparer le matériel agricole. Donc, c’est de là qu’est venue l’inquiétude de savoir comment faire réparer les tracteurs qu’on mettait à leur disposition. On voit malheureusement qu’au sein du pays, il y a énormément de matériels qui sont gâtés sous les arbres et par manque de compétences pour des tâches techniques qui sont simples et qu’ils n’ont pas encore acquises, ils n’arrivaient pas à les réparer. Nous avons une certaine expérience et donc notre objectif, c’est de mettre ce qu’on sait faire à la disposition du pays.

Quelles sont vos appréciations par rapport au paysage de l’Enseignement Technique au Bénin ?

Nous n’avons pas les mêmes approches d’enseignement technique. Les niveaux de formation, les temps de formation ne sont pas du tout les mêmes. Donc, c’est compliqué. On voit surtout, sans vouloir être trop critique, qu’il y a un manque d’équipements notoires dans certains établissements ou qu’il y a des matériels didactiques qui n’existent pas. Donc, c’est difficile d’improviser si on n’a pas le matériel. Mais en même temps, on voit qu’au niveau de l’équipement, il y a un potentiel de matériels qui est à disposition sur le sol et qui pourraient être utilisés pour faire des supports didactisés dans les établissements.

Entrevoyez-vous un partenariat avec l’Etat béninois en vue de renforcer les secteurs clés de l’enseignement technique, surtout agricole ?

C’est le but de notre présente mission. Cet accord est véritablement entamé au cours de notre mission l’année dernière au mois de février. On avait jeté les bases qui étaient assez claires. C’est-à-dire que nous avons accepté venir porter mains fortes à la mise en place de la formation en mécanisme agricole à condition que l’Etat béninois et les responsables des Lycées s’engagent aussi de leur côté. Ce n’est pas que nous allons apporter quelque chose qui ne sera pas adaptée au pays. Donc, la première étape a été franchie. On a eu l’honneur de rencontrer le ministre de l’Enseignement Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle ainsi que le vice-Recteur de l’Université d’Agriculture de Kétou qui se sont rendus dans notre établissement. Ce qui prouve bien leur intérêt à ce qu’on leur propose. A la suite de cela, on est revenu avec des propositions pour essayer de mettre en place une formation, en offrant un référentiel de formations sans vouloir influencer non plus parce que nous savons faire des choses pour nous, mais après, nous les transmettons au gouvernement pour assurer le relai. C’est à lui de l’apprécier et de l’adapter à sa façon de faire. En aucun cas, on ne va imposer notre manière de faire aux Béninois.

Au-delà des formations, pensez-vous à d’autres types d’appuis de votre part pour soutenir l’Enseignement Technique agricole au Bénin ?

L’appui va être théorique par un volontariat de parcours de nos collègues professeurs ; l’appui aussi technique des CUMA qui ont, quand même, un rôle relativement très important parce qu’étant les initiateurs de cette mise en place du partenariat. Donc, on va essayer de répondre à toutes les demandes qui nous seront faites et nous, on espère avoir des demandes surtout. L’appui qu’on va proposer aussi va être sur l’aspect formation des enseignants. On l’a déjà fait une fois par le passé où les enseignants sont envoyés dans notre établissement français pour une formation. On s’est donc proposé encore d’accueillir au sein de notre établissement français des enseignants sur une période de quelques semaines pour pouvoir concrètement les aider sur le programme qu’ils auront à enseingner au Bénin.

Quels sont les rendez-vous honorés au cours de cette mission et autour de quoi ont tourné vos discussions ?

Nous avons rencontré le ministre qui nous a demandé une feuille de route qu’on va lui présenter. Ça, c’est assez inédit. Une feuille de route, ça veut dire un protocole, un calendrier, des phases et des points précis à aborder. Nous allons garder la primeur au ministre de présenter ladite feuille de route. Toute notre mission a tourné autour de la rencontre avec des directeurs de l’enseignement technique, les recteurs des universités, le vice-recteur. Donc, on a travaillé à la fois sur le secondaire et l’Université parce qu’on pense qu’il est nécessaire d’avoir une filière complète pour qu’il y ait des formateurs des formateurs, qu’il y ait des chercheurs, mais surtout qu’il y ait des mécaniciens qui soient formés au Bénin et évidemment le secondaire a toute son importance. On est venu plusieurs fois au Bénin, et sur ce volet formation depuis 2011 à travers CUMA Bénin, on essaie de faire démarrer quelque chose et malheureusement, on n’a pas encore réussi. Peut-être que pour cette fois, on va repartir avec des choses concrètes, un calendrier et des engagements des autorités du Bénin. Ça, c’est important de le souligner ; ça nous donne plein d’espoir. Il y a également le ministre de l’agriculture qui nous a également reçus. Il a exprimé ses besoins sur le fait d’avoir des professionnels de la maintenance au Bénin. On lui a exprimé aussi que sur certains points, il pouvait nous aider et notamment sur l’aspect matériel.

Que retenir de cette mission ?

On retient qu’il y a urgence de réagir vite et bien en allant dans la bonne direction de façon à ce que les formations se mettent en route vite et de façon cohérente ; des formations qui répondent à la demande du milieu agricole des CUMA et des agriculteurs qui se servent des matériels. Notre mission a été marquée d’un point positif. Des engagements vont être signés ; il va y avoir une feuille de route. Sur un délai d’un an, on aura une organisation qui tiendra la route, c’est-à-dire des formateurs formés avec des élèves prêts à apprendre ce métier ; une organisation dans les lycées, dans les universités qui sera opérationnelle pour démarrer ce type de formation dont le pays a énormément besoin, et tout ça est bien évidemment appuyé par la Coopérative d’Utilisation des Matériels Agricoles (CUMA) Bénin.

Propos recueillis par Estelle DJIGRI

 

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