Situation de précarité dans les écoles et établissements privés | Quand les enseignants vacataires redoutent les vacances

Si le mois de juin semble être le plus apprécié des élèves parce qu’il annonce les couleurs des vacances, ce n’est pas le cas pour tous les enseignants, notamment les vacataires.

Dans le public et particulièrement dans le privé, ils vivent la croix et la bannière pour faire face aux dépenses durant la période des vacances. Les apprenants, quant à eux, se forgent un nouveau destin en s’accommodant avec la vie en ateliers. Incursion dans un double univers où vacances, argent et apprentissage ne font pas toujours bon ménage, c’est ici et maintenant avec Educ’Action.

«Le présent arrêté s’applique à toute personne recrutée en qualité d’enseignant permanent dans un établissement privé d’enseignement en République du Bénin. Les enseignants utilisés en qualité de vacataires ne relèvent pas du présent arrêté. Ils demeurent régis par les seules stipulations des parties ... ». En signant cet arrêté n°217/MFPTRA/DC/SGM/DGTDRPSS/SRI du 17 septembre 2003, fixant les conditions minimales de travail des enseignants du secteur privé en République du Bénin, l’ancien ministre Boubacar Arouna avait certainement en tête de limiter les douloureuses vacances des enseignants du privé dans une certaine mesure. C’est peut-être le cas pour les enseignants permanents du privé puisque ce sont eux qui sont principalement visés par cet arrêté. Noël Amoussou, fondé du Complexe scolaire ‘‘Le Berger Fidèle’’ n’ira pas dans le sens contraire : « moi, de mon côté, pour assurer la qualité de mon établissement, j’ai fait en sorte que les enseignants de la maternelle et du primaire soient permanents dans la grande majorité ». En effet, les enseignants permanents dans le privé jouissent en partie des mêmes privilèges que leurs homologues du public. Ils sont pris en compte pendant toute l’année et reçoivent leurs rétributions durant les douze (12) mois, même pendant les vacances. Cette situation de jouissance salariale n’est pas identique chez les vacataires qui, systématiquement, sont asséchés de leurs revenus, transformant les vacances en une période cauchemardesque pour cette cible d’encadreurs dans le public et surtout le privé. Les articles 6 à 14 dudit arrêté disposant de la grille salariale en vigueur depuis le 23 février 2011, annexée à l’arrêté ci-dessus cité, renseignent à suffire que le salaire de base dans le privé varie, selon la catégorie, de 37.345 Francs CFA pour un enseignant titulaire du BEPC ou d’un diplôme équivalent à 111.461 Francs CFA pour le professeur assistant titulaire du Ph.D ou Doctorat du 3ième cycle. S’il est à souligner que cette grille n’a pas encore été actualisée conformément à la dernière revalorisation du SMIG (Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti) qui est passé à 40.000 Francs CFA en 2014, les enseignants vacataires ne sont pas logés à la bonne enseigne.

De la précarité des enseignants vacataires...

Beaucoup d’entre eux, pour contourner la période de soudure des vacances, se livrent à d’autres activités parfois moins valorisantes. « Avec ma moto Sanili, je fais tôt les matins la distribution du pain aux bonnes dames pour une boulangerie de la place. ça me permet au moins d’avoir les petits sous pour surmonter les petites dépenses des vacances », a confié à Educ’Action, Georges T., la quarantaine, enseignant vacataire dans une école privée à Gbodjè, arrondissement de Godomey dans la commune d’Abomey-Calavi. Et des vacataires comme lui, dans ces types d’activités dans les vacances, sont légion actuellement. Le même arrêté clarifie que « sont considérés comme vacataires, les enseignants non astreints aux horaires de travail fixés à l’article 3 ci-dessous.» Et s’agissant d’horaires de travail, cet article 3 précité indique ceci : « … pour l’enseignement maternel et primaire, la masse horaire est de 28 heures par semaine ... Pour l’enseignement moyen général, technique et de la formation professionnelle, la masse horaire est de 22 heures par semaine, pour les professeurs adjoints et 18 heures par semaine pour les professeurs certifiés. Pour l’enseignement supérieur, la masse horaire est de 16 heures par semaine pour les professeurs assistants et 06 heures pour les professeurs pleins ». En termes clairs, les enseignants vacataires ne sont pas soumis à ce régime de travail et d’ailleurs, leurs horaires de travail dépendent de la loi du marché, surtout de l’école ou l’établissement qui les a recrutés. « Le seul contrat sérieux qui existe avec eux (les chefs d’établissements privés), c’est le déroulement du cours. Ils créent des occasions pour diminuer la totalité des heures de cours des enseignants en rallongeant les jours de congés », confesse, à Educ’Action, Fred Dossavi, enseignant vacataire de Physique-Chimie, dans un établissement privé de Cotonou. Tout ceci témoigne des subterfuges empruntés par des responsables d’établissements privés pour réduire la masse horaire et donc, les émoluments des enseignants vacataires surtout que l’unité salariale de ces derniers, c’est le nombre d’heures passées avec les apprenants. Pour Marcel Aho, enseignant vacataire au collège Notre Dame des Apôtres de Cotonou, il y a des enseignants vacataires qui sont à 2.000 Francs l’heure et d’autres à 1.800 Francs l’heure. Dans d’autres établissements, poursuit-il, les enseignants vacataires sont à 1.200 Francs voire 1.000 Francs l’heure. « Pendant les vacances et les congés, ils ne sont pas payés », a-t-il ajouté, montrant à nouveau le calvaire de ces messieurs à revenus limités.

A Lokossa, la tendance des vacanciers est à l’apprentissage dans les ateliers

Grande a été notre surprise de voir quatre petits-enfants trottinant avec un air très joyeux au milieu d’un troupeau de bœufs à la lisière du quartier Agnivêdji à Lokossa. Et notre surprise s’est accrue lorsqu’il s’est agi de ces trois petites filles et de ce tout petit garçon peuls suivant leur père, un berger, pour amener le troupeau au pâturage. Ces scènes peu courantes aiguisent notre curiosité. En effet, les deux fillettes, des sœurs, ont noms Dico et Aïssatou. Elles sont toutes deux en classe de CP à l’EPP Gendarmerie de Lokossa et vivent avec leurs parents derrière l’Institut Universitaire des Technologies IUT de la ville. De l’avis de ces jeunes apprenantes, c’est l’effet de curiosité qui les a poussées, pendant cette période des vacances, à suivre leur géniteur pour découvrir là où il amène habituellement les bœufs en pâturage. Tout comme ces filles, d’autres enfants du département du Mono se livrent au même exercice : suivre les parents dans leurs métiers ou ateliers. Cette tendance développée par ces jeunes artisans des vacances, racontent-t-ils, leur permet de changer d’air et surtout mettre à profit les vacances pour découvrir et connaître mieux sur la profession des géniteurs. Meschac, 18 ans, est présent, tôt ce matin là, dans l’atelier de soudure de son papa. « On m’appelle Meschac Assouto. Je viens d’avoir le BAC, série B. J’ai l’habitude de travailler avec mon père dans son atelier pendant les vacances. Je l’aide souvent à fabriquer des portails, portes et fenêtres métalliques », a-t-il confié à Educ’Action, en soudant une ferraille sous le regard attentif de son père, Nicolas Assouto, assis sur une chaise à l’entrée de l’atelier, situé dans un angle du carrefour du tribunal de Lokossa. A la sortie de Lokossa, en allant à Athiémé, la dextérité d’une autre jeune fille couturière attire l’attention. « On m’appelle Aimée Hagni. Je suis élève en classe de troisième au CEG2 Lokossa. Depuis environ cinq ans, je viens aider ma maman dans son atelier ici à Zounhouè, surtout pendant les vacances. Je peux à présent coudre des habits de filles ou des femmes 5»,a-t-elle lâché, souriante.

La source de cette passion...

De l’avis des vacanciers rencontrés, leur présence aux lieux de travail se justifie par la folle envie de nourrir la curiosité, mais surtout aller à l’école des parents très tôt pour échapper plus tard au chômage. « Je préfère ne pas rester à la maison pour me balader à longueur de journée. Quand je viens à l’atelier avec maman, je l’aide et en même temps, j’apprends la couture. C’est un véritable plaisir pour moi d’imiter ma maman », a fait savoir Aimée Hagni. « J’ai décidé de venir à l’atelier avec papa parce qu’à l’atelier, j’apprends quelque chose de plus. Alors que si je reste à la maison, je ne vais rien gagner. Je vais peut-être me distraire seulement ou jouer avec des amis. Mais ma présence à l’atelier contribue à ma formation professionnelle et cela me servirait personnellement à l’avenir », reprend Meschac Assouto. A travers ces coups de mains dans les ateliers, ces enfants se donnent plus de chance pour leur insertion professionnelle, à en croire des parents de vacanciers interrogés. « S’ils finissent les études et qu’ils ne trouvent pas encore à faire, ils peuvent déjà commencer à s’exercer», a dit Nicolas Assouto, maître soudeur qui admire son fils Meschac à l’œuvre.

Adjéi KPONON & Jonas BOTCHI/Mono-Couffo

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